Le transfert d’argent à l’étranger, le quotidien des immigrés.

Finance / Budget

Rackiatou, Ndeye, Bintou, Lamine, Malock, Ibrahim, Moustapha, ils sont des milliers d’immigrés à se rendre quotidiennement au Western Union, au Moneygram, ou encore à la banque postale pour envoyer de l’argent à leur famille restée dans leurs pays d’origines. Ces organismes de plus en plus nombreux,  sont connus pour proposer des services de transferts d’argent à l’étranger. Leur activité est très rentable, Ils tirent leurs principales ressources des frais d’envois, parfois très chers.

Le principe est simple pour envoyer de l’argent à l’étranger : Il vous suffit de vous rendre dans un de ces organismes  munis de votre carte d’identité que vous présenterez au guichet. Vous indiquerez ensuite la somme à envoyer, le pays dans lequel vous envoyez, de l’argent, le nom et le prénom de la personne qui recevra l’argent. Les frais d’envoi sont calculés en fonction de la somme que vous envoyez, plus la somme est élevée, plus ils sont chers. Ces dernières années Western union qui est depuis 1993, l’acteur majeur de ce marché, a du considérablement réduire ces frais d’envoi, afin de lutter contre la concurrence qui s’est accrue peu à peu. Sa clientèle principale est constituée des immigrés qui procèdent à des transferts de fond vers leurs pays d’origine. Western Union couvre 195 pays et territoires et 200 000 points de vente.

L’envoi de l’argent à l’étranger constitue le quotidien de la plupart des immigrés. L’argent envoyé est souvent  la principale ressource des familles restées là bas. Au Sénégal ceux qui vivent entièrement de l’argent qu’on leur envoi, sont appelé les westerunionsés. Ils ne travaillent pas et vivent uniquement de l’argent provenu de l’étranger. Ils peuvent ainsi se permettre de prendre des denrées alimentaires en guise de crédit chez les petits commerçants sans payer. Ceux-ci leur font confiance, car ils savent qu’ils reçoivent de l’argent de l’étranger. 

Près de 75% des frais envoyés en France, sont en direction des pays du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Selon la banque de France les envois de fonds des travailleurs immigrés vers leurs pays d’origine, s’élèvent à des milliards d’euros. A l’échelle internationale, 80,8 milliards, seraient envoyés par les immigrés dans leur pays d’origine selon la banque mondiale.

Les immigrés sont prêts à tout pour envoyer des fonds financiers,  c’est une question d’honneur et d’éthique le plus souvent, sinon ils culpabilisent. Ils n’hésitent pas à se priver et à faire beaucoup de sacrifices, pour venir en aide à leurs familles, qui vivent la plupart du temps, dans des situations très précaires : Le plus difficile c’est de leur  expliquer que la France n’est pas l’eldorado, ici la vie est de plus en plus chère,  avec la crise, on envoie  moins d’argent qu’auparavant. J’envoyais en moyenne avant tous les mois 400 euros, maintenant, je ne peux envoyer que 300 euros, sans compter les frais d’envoi. raconte Ndeye, une sénégalaise de 46 ans, l’ainée d’une famille  au Sénégal, qui se repose essentiellement sur son soutien financier. Rackiatou, est une autre sénégalaise de 35 ans, venue en France travailler  pour envoyer des fonds financiers à sa familles : parfois je me prive pour eux, je ne m’achète pas de vêtements, ni de chaussures de qualité pour avoir assez d’argent à leur envoyer. J’ai aussi mes enfants qui sont restés la bas avec ma mère et ma sœur, je dois envoyer de quoi les nourrir et  les vêtir, je veux qu’ils soient dans les meilleurs conditions pour étudier. Ces jours ci,  j’avais en ma possession une somme de 800 euros que j’ai pu obtenir grâce à la tontine, un système d’épargne très prisé  par les femmes africaines, j’aurais pu utiliser cette somme pour moi, mais j’ai préféré l’envoyer à ma maman, pour qu’elle s’achète un nouveau lit. Nous avons pu venir ici grâce à Dieu, nous sommes leur seul soutien, c’est à nous de les aider, même si l’on doit parfois faire des sacrifices.

Il faut dire que la crise économique actuelle a un véritable impact sur les transferts d’argents qui subissent un net ralentissement. En effet, La plupart des secteurs dans lesquels les immigrés sont les plus présents, sont aussi les plus touchés par la crise. La construction où les intérims, constituent les principaux secteurs, permettent aux immigrés à leur arrivée en France, de d’insérer dans la vie active, explique Pascal Breuil, qui dirige le service des études démographiques à l’INSEE. Une enquête révèle qu’en France,  les étrangers sont les plus touchés par le chômage. En 2009, il est de 8,7% pour les citoyens français et de 13,9% pour les étrangers. De même pour l’Allemagne, le chômage est de 7% pour les allemands et de 13% pour les étrangers qui y vivent. Ce constat est encore plus vrai en Espagne, avec 16% de chômage pour les espagnols et 26% pour les étrangers.   Au Sénégal, 10% des richesses nationales proviennent de la diaspora sénégalaise dispersée à travers le monde. C’est presque autant au Maroc avec 9%.

Assanatou Baldé.




Sur la même thématique

  • No Related Post





.